On vous croit
Arnaud Dufeys, Charlotte Devillers, Belgique, 2025o
Aujourd'hui, Alice se retrouve devant un juge et n'a pas le droit à l'erreur. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu'il ne soit trop tard?
Ce drame judiciaire belge interroge sans relâche la véracité d’une courte phrase: «On vous croit.» Qu'est-ce que cela signifie lorsqu’un tribunal adresse ces mots à une adolescente et son jeune frère, qui refusent catégoriquement de revoir leur père, dont leur mère est séparée, depuis que celui-ci aurait infligé au garçon un dommage si grave qu’il ne peut pas le formuler, mais en manifeste de lourds symptômes physiques? Et que signifie, à l’inverse, que le père affirme son innocence et revendique son droit de visite? Cela signifie que le tribunal finit par convoquer toutes les parties à une audition commune: les avocat·es du père, de la mère et des enfants, puis finalement le père et la mère eux-mêmes, tandis que les enfants attendent dans une pièce voisine ce que les adultes vont décider. C’est précisément ce que montre le film pendant une heure entière. Si chacune des cinq dépositions est saisissante, sonne juste, semble crédible et se révèle parfois bouleversante, c'est parce que le duo de scénaristes et réalisateur·ices s’est manifestement nourri de cas réels et a distribué tous les rôles de manière remarquable. Mais le film va plus loin encore: il montre à quel point l’établissement de la vérité dans de telles affaires est difficile. Et il est porté par la confiance prudente qui sous-tend toute décision judiciaire depuis que des procédures rationnelles et transparentes ont été mises en place à cette fin: aussi longues et douloureuses soient-elles pour toutes les personnes concernées, elles finissent par dissiper le brouillard des déclarations contradictoires. À la fin de On vous croit, il n’y a pas de verdict, mais on devine qui a raison et finira par l’emporter. Ce n’est donc pas un film «feel good», mais une œuvre qui apporte de la clarté, dont on n'estimera jamais assez l'importance.
Kerstin Blank
