The Testament of Ann Lee
Mona Fastvold, USA, GB, 2025o
La chef religieuse Mère Ann Lee fonde le mouvement Shaker, proclamée par ses adeptes comme le Christ féminin et construit l'une des plus grandes sociétés utopiques de l'histoire américaine.
Dans la nouvelle vague anglo-saxonne de films réalisés par des femmes qui s'en prennent au patriarcat (Hamnet, The Bride!, Hurlevent), Le testament d'Ann Lee est sans doute le plus intéressant. Plutôt que de s'attaquer à un classique, il ramène à la lumière la figure oubliée d'Ann Lee, fondatrice au XVIIIe siècle de la secte puritaine des Shakers. On le doit à la Norvégienne Mona Fastvold, qui travaille depuis une dizaine d'années en couple avec Brady Corbet, l'auteur de The Brutalist (ici à son tour co-scénariste et producteur). Comme dans ce dernier film, il est question d'Européen·nes émigré·es aux États-Unis pour y réaliser leurs rêves et qui y retrouveront la violence. Par contre, Fastvold s'intéresse à une toute autre sorte de figure visionnaire, et dans un style très différent, semi-musical. Fille d'un forgeron de Manchester, Anne Lee en épousa un autre et développa une puissante aversion pour les rapports sexuels, contraires à ses aspirations spirituelles. La jeune femme devint par la suite une prédicatrice écoutée prêchant l'égalité sociale, des races des sexes, dans la chasteté et l'extase par la danse. Tout un programme utopique qu'elle fut bientôt contrainte d'exporter en Amérique, où son mouvement prospéra contre toute attente avant de s'éteindre fatalement. En résulte une histoire intrigante, portée par une excellente Amanda Seyfried, mais dont on peut douter que la forme choisie soit la meilleure option. Peu emballants, les numéros musicaux sont autant de coups d'arrêts dans la narration, qui doit dès lors compenser ces pauses par de trop nombreuses ellipses. Le choix de limiter la violence au strict minimum et d'éviter l'ironie facile paraît déjà plus intéressant. Au total, un film indépendant d'une belle ambition, qu'on pourrait presque retitrer The Spiritualist.
Norbert CreutzGalerie photoso
